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rendu le supérieur des capucins, l’ayant impoliment congédié, les dominicains, résolus à tout braver, se mirent alors en quête de parer au scandale. Dès le 28, ayant su que, le matin, l'église du Fort avait, à dix heures, servi au prêche des Anglais, celle du Fort-Royal avait également servi à ce culte hétérodoxe, le père Faget, supérieur des dominicains, s’attendant à voir chaque jour son église polluée, rassembla ses moines, et tous, en commun, arrêtèrent qu’ils ne céderaient pas même à la force, dussent-ils se voir exposés aux supplices les plus atroces. La force était, dans la position où se trouvait la Martinique, un droit acquis aux Anglais ; les dominicains avaient parfaitement compris qu’ils en useraient ; mais, dès lors, fermant leur église et conservant par-devers eux les clés qu’ils ne voulaient livrer à aucune condition, si les Anglais en brisaient les portes, leurs consciences étaient en repos, ne s’étant, en aucune manière, associés à la profanation. De plus, l’église du Mouillage étant non pas une propriété de l’État, mais celle du couvent qui lui attenait et qui leur appartenait, ils se renfermaient dans le droit commun de la capitulation, qui avait à chacun garanti la pleine et entière jouissance de son bien. Cette conduite devenait la critique la plus amère de celle qu’avait tenue le père Lavalette, personnage célèbre dont nous aurons occasion de parler sous peu; quant au père Charles-François, supérieur des capucins, sa conscience était parfaitement à l’abri : l’église du Fort-Royal ne lui appartenant pas, et les marguilliers, qui en avaient les clés, les ayant livrées aux Anglais. Des trois ordres qui desservaient les cures de la Martinique, deux, les dominicains et les capucins, avaient donc formellement protesté contre ce qu’ils appelaient, les dominicains surtout, un abus de pouvoir, et les capucins, comme les dominicains, un sacrilège. Parmi les jésuites, quelques uns moins complaisants que leur supérieur, avaient été, disait-on', scandalisés de sa conduite ; mais ils gardaient le silence. Dès lors, le père Lavalette, assu-

Histoire générale des Antilles Tomes 5 et 2 de la 2ème série  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Histoire générale des Antilles Tomes 5 et 2 de la 2ème série  

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