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Les batteries du fort, que l’on avait pu réparer à mesure que les boulets anglais les dégradaient, ne pouvaient plus l'être, faute de matériaux. Les soldats, harassés de fatigues, et ayant à se garer nuit et jour d’une surprise facile à tenter sur un mur de huit à neuf pieds de haut, sans fossés, palissades ni fraises, se refusaient aux travaux les plus indispensables. Ces deux raisons avaient motivé, de la part de Lignery, une dépêche au général ; mais l’annonce de la capitulation du Lamentin, celle du départ de le Vassor de Latouche pour Saint-Pierre, et plus que cela encore, le rapport d’une négresse, disant que les Anglais avaient juré d’exterminer tous les Flibustiers renfermés dans le fort, jetèrent la consternation parmi les plus intrépides. Abandonnés des leurs, ne prévoyant aucun secours, les désertions aussi commencèrent au fort, mais de Lignery, décidé à se défendre jusqu’à la dernière extrémité, ranima le courage des troupes par l'arrivée prochaine des secours annoncés de France, et le 1er février, alors peut-être que les Anglais s'attendaient à voir tomber ces murs sous leurs boulets, ou à recevoir un parlementaire, le feu recommença plus vif que jamais, et continua toute la journée. Cependant, une tentative faite, dans celle journée, par deux bâtiments légers, pour reconnaître la passe du Lamentin, et des bouées, laissées par eux, donnèrent à penser à de Lignery que les projets de nos ennemis étaient de le cerner par mer. Sa préoccupation devint encore plus grande, lorsque, le 2 février, une nouvelle batterie, placée sur le morne la Carrière, battit en brèche l’hôpital et les casemates, seules retraites qu’avaient les blessés. Pour parer à ce nouvel incident, il fallait former des plates-formes, transporter des canons, des mortiers, et avoir assez de monde pour les servir. Or, il n’existait plus de matériaux au fort; depuis le commencement du siège, trente-etun canons avaient crevé, vingt-trois affûts avaient été brisés par les boulets ennemis, cinquante-quatre milliers de poudre avaient été consommés, et la mort, la désertion et les maladies ne laissaient plus sur pieds qu'une trentaine de soldats.

Histoire générale des Antilles Tomes 5 et 2 de la 2ème série  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Histoire générale des Antilles Tomes 5 et 2 de la 2ème série  

Dessales A./Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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