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L’OCTAVONNE

assis, recopiait des chiffres, tout en fumant une cigarette. Il redressa la tête. Elle était allongée d’une barbe en pointe, encore noire. Mais la quarante-cinquième année avait commencé d’y graver des sillons entre les sourcils, aux coins des yeux et des deux côtés du nez. De son air habituel, — dédaigneux et dur, — d’homme fier, incomplètement satisfait de son sort, renfermé, il jeta un regard sur l’arrivant. Aussitôt, il esquissa un sourire, déposa sa plume et se leva à demi avec lenteur, — à regret. — Tiens !... fit-il,... Lentin !... Entre donc.. Qu’est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite ? — Cher, j’ai été appelé par un malade qui loge près de ton usine. J’ai pensé à toi. Et, comme il y a quelque temps que nous ne nous sommes vus, j’ai voulu te presser les mains. Voilà tout. Despointes se laissa secouer nerveusement le bras par le docteur. Ensuite il lui offrit un siège et se remit sur le sien. Il ne s’étonna pas du tout que son ancien condisciple vînt chez lui, poussé, — à l’entendre, — par l’unique envie d’être un moment auprès de lui. Lentin avait en effet coutume, presque chaque fois qu’une occu-

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

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