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LE

TALION

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Tout au début de la soirée, ses regards et ceux de Romuald s’étaient croisés une seconde. Cela avait suffi pour qu’elle fût persuadée qu’en lui il y avait toujours de l’amour pour elle. Et elle tenait à ce qu’il éprouvât, en la voyant fréquemment au bras de l’aide-major, ce qu’elle avait déjà ressenti quand elle avait appris ses fiançailles avec Mlle Sauvignac, — ce qu’elle ressentait encore, et plus vivement, à les considérer tous deux : de la jalousie. A dessein elle passait et repassait près de lui. Chaque fois elle essayait de faire se rencontrer leurs yeux. Par ses jeux de physionomie elle tâchait de lui exprimer ceci : « Ah ! tu as voulu m’oublier, te consoler avec une autre... Moi aussi je veux me consoler avec un autre et t’oublier... Kermadec est moins beau que toi ?... Mais Mlle Sauvignac est moins belle que moi... Regarde-moi donc... Et essaye un peu d’avoir l’air de ne pas me regretter. » Elle scrutait son visage, avec le souhait d’y surprendre des signes de mécontentement, de peine. Elle ne s’était pas trompée ; en l’apercevant, jolie, bien prise, très séduisante enfin en une toilette qui lui seyait à ravir, Romuald avait subi une commotion. Il avait été troublé. Mais il avait vite dominé cette impression.

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

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