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L’OCTAVONNE

n’attachait nulle importance à des différences d’épiderme. Cependant quelques-uns parmi eux gardaient le silence. Non point, assurément, qu’ils réprouvassent une absence de préjugé (ils ne le pouvaient pas) ; mais parce que l’écart de teint entre une blanche et un quarteron leur semblait un peu grand, et qu’ils étaient enclins à penser, — comme certains békés, — que c’était par intérêt que le Procureur Général donnait sa fille au jeune SainteCroix. Ces muets étaient des octavons. De leur petit nombre étaient les Despointes. Mais Léonel, Céleste et Roberte n’avaient pas une attitude pareille. Léonel s’efforçait de ne pas faire plus attention à Paulette et à Romuald que s’il ne s’était pas aperçu de leur présence au salon et n’avait pas entendu parler de leurs fiançailles. Sa femme se défendait bien aussi de dire le moindre mot sur la promesse de mariage entre le Procureur de la République et Mlle Sauvignac. Seulement son regard ne les fuyait pas constamment ; elle évitait simplement de le laisser s’attacher sur eux. On sait qu’elle ne raisonnait pas comme son mari. Elle était gênée de voir circuler le jeune homme qui lui

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

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