Page 146

140

L'OCTAVONNE

gnac, ainsi que Romuald, se sentaient assez mis en appétit par l’air frais des hauteurs, longuement respiré, et par la brise de mer, qui soufflait vive ce jour-là (comme pour justifier l’appellation de «Bon air » de la propriété.) Il ne leur était pas nécessaire d’exciter leur estomac par de l’alcool. Le tafia édulcoré du planteur n’eut donc point de succès.Et lui-même se priva de son habituel apéritif, n’osant pas boire seul. Sur un conseil de son fils, il avait recommandé à sa cuisinière de ne pas trop épicer les mets pour des palais européens. Mais, si une mesure fut observée pour le poivre et le piment, il n’en fut pas de même pour le menu. Il fut servi un si grand nombre de plats et de si copieux, que c’était à croire que Philidor avait prémédité d’étouffer son monde d’indigestion. Des avocats, du melon, des huîtres, du beurre, des radis, une salade de concombres, deux homards, des pigeons aux petis pois, une jardinière, un canard aux olives, de la laitue mêlée de tranches d’œufs durs, du gruyère, une crème renversée, un ananas énorme, de la gelée de goyave, des pommes de canelle, des figues-pommes (alias des bananes), voilà — avec les vins et le café —, de quoi se composa le festin, prétendu rustique. Pour avoir seulement goûté un peu à tout

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

L'octavonne  

Gautrez, Victor / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Coll...

Profile for scduag
Advertisement