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PREMIÈRE PARTIE. — LA TRAVERSÉE.

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De même qu’il promène aujourd’hui ses rayons sur des épaules espagnoles ou anglaises, il les laissera tomber brûlants sur les épaules yankees, sans s’inquiéter si les dos qu’il grille appartiennent à des héros. Il amollira, épuisera, accablera les Américains, comme il a épuisé, accablé, amolli leurs prédécesseurs, et, avant que bien des années se soient écoulées, il éclairera triomphant des millions de Yankees énervés et engourdis. J’ai toujours peine à croire que des peuples entiers se trompent, et se trompent pendant plusieurs siècles. L’unité est souvent une brute qui agit mal; mais les unités une fois confondues ne procèdent plus de même. Les États-Unis sont à la mode. Je les admire autant que qui que ce soit; mais il ne s’ensuit pas que je les croie destinés à prospérer de même sous toutes les latitudes Nous avons en Europe un exemple frappant de cette vérité : qu’il est dangereux de prendre la partie pour le tout, et que trop souvent, à régénérer un peuple, on perd son temps et son savon. La presqu’île italienne peut servir de point de comparaison à l’immense presqu’île formée par les deux Amériques. Nous avons commis l’erreur que l’on aspire à commettre. Nous avons mesuré l’Italie entière à la taille des Piémontais; les gens du Nord nous ont paru destinés à régénérer leurs frères du Sud, et nous n’avons compris que trop tard que les Piémontais à Naples deviennent des Napolitains, que les Piémontais en Sicile deviennent des Sici-

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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