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PREMIÈRE PARTIE. — LA TRAVERSÉE.

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fortin sort de l’eau. Toutes les vagues en passant lui crachent au visage sans l’émouvoir. Nous laissons derrière nous la partie officielle de San-Juan et jetons l’ancre devant la ville. Là encore le cube triomphe. Les bâtiments carrés, percés de fenêtres uniformément alignées, sont échelonnés les uns au-dessus des autres. On dirait un amas de dés à jouer tombés pêle-mêle de quelque gigantesque cornet. Dans le port se balancent deux avisos de guerre de la marine espagnole, chargés de protéger trois ou quatre barques qui dorment le long du quai. La vie a pour unique représentant un oiseau de proie qui plane au-dessus du golfe. Nous jetons l’ancre, et du bord se détache un canot qui va porter la correspondance à terre. Est-ce bien une ville qui se dresse là devant nous? Est -ce là, grand Dieu ! la capitale d’une des plus belles îles des riches Antilles ? N’est-ce pas plutôt le Palais de la Belle au bois dormant? Que le travail de l’homme est peu en harmonie avec l’œuvre de Dieu ! et quel plaisir, après avoir promené ses yeux sur cette ville engourdie, de les reposer de l’autre côté de la baie, sur ces mamelons entassés, sur ces vallées feuillues, sur ces riches plaines où fument de loin en loin quelques sucreries ! La ville est morne, rien n’y retentit, et cela attriste. La campagne est silencieuse, et cela calme, et cela ravit. A part deux barques lestées d’oranges, rien n’a remué dans le port. « Si l’aspect de cette ville est morne, si ce port est

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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