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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

tombe sur les yeux, et quelques nattes maigres et rabougries se débattent sur ses tempes comme des sangsues affolées. Celle-là, décolletée jusqu’aux hanches, a piqué dans le crin de sa chevelure une fleur de « Mer-Pacifique », couleur de sang. Des manches à gigot de 1826, des jupons de basin de 1840, des foulards croisés, noués par derrière, sanglés au-dessus des seins qui font poche plus bas que la ceinture, des bras nerveux annelés de cuivre comme des bâtons de rideaux, des jambes maigres, aux chevilles grotesquement proéminentes, des pieds énormes, couleur de cendre, traînant des savates difformes plus sales encore dedans que dehors... voilà ces dames ! Faites perler sur leur chair une moiteur huileuse et poissée; faites flotter autour d’elles une odeur fade, chaude, écœurante; faites sortir de leur gosier une voix de polichinelle un jour d’angine ; faites voltiger sur leurs lèvres charnues les expressions les plus vulgaires, les termes les plus orduriers, et vous aurez une idée de ces êtres ni hommes, ni femmes, ni Auvergnats, auxquels la nature a confié cette tâche, dont je ne comprends pas bien l’utilité, de perpétuer la race noire sur la terre. Nous avons peine à nous ouvrir un chemin au milieu de la foule qui nous environne. Enfin ! la trouée est faite, et nous voilà courant les rues, flanqués d’une cinquantaine de vauriens qui, moins badauds que pillards, ne quittent pas nos poches des yeux. Les offres de service abondent. Celui-ci tient à nous conduire dans une maison de

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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