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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

Avec quelle impatience j’attendis le retour de mon sauveur! avec quelle joie je pris le breuvage qu’il me tendit ! avec quel enthousiasme je bus le salut! Le vitriol et le plomb fondu doivent avoir de l’analogie avec le nectar que j’avalai d’un seul trait. « C’est ce que les Américains appellent coq-tail, me dit le jeune officier; celui-ci a le gin pour base. Aimez-vous cela? » Je ne répondis pas. Je me levai, souriant, gambadant, gesticulant, et me mis à chanter une Marseillaise quelconque. Mon sauveur avait peine à me suivre. Il riait à se tordre. Quand les passagers remontèrent, ils me trouvèrent transformé. Mon vaillant compagnon de route luimême ouvrit de grands yeux en me voyant. Je le trouvai légèrement pâli. Je le vis, jetant un cigare à peine consumé, s’asseoir rêveur. « Eh! eh! lui-dis-je cela ne va donc pas bien ce soir? — Oh! ça passera... c’est un moment de trouble. — Secouez-vous, que diable! secouez-vous; faites comme moi. — Ça ne sera rien ; je ne suis jamais malade. Un mauvais cigare, sans doute... — Vous avez une piteuse mine. — C’est la première fois que pareille chose m’arrive. — Secouez-vous, secouez-vous. » Il me regarda de travers, se leva et, se tenant l’estomac à deux mains, se perdit dans les profondeurs du vaisseau. On ne le revit sur le pont qu’à SaintThomas.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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