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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L’ILE.

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ques verres de rhin mousseux vidés en mon honneur, — vous avez pu voir que je suis tout d’une pièce. Le cou dans le carcan, je crierais : «Vive n’importe « quoi ! » si j’avais ledit n’importe quoi dans le cœur. Je passe pour un cerveau fêlé; je le sais. — Et vous l’êtes. — Que voulez-vous ? on ne se refait pas à mon âge. Plus j’avance dans la vie, plus j’aime mon pays : avec son ciel si pur, si limpide, que le regard va jusqu’en paradis; avec sa mer profonde aux richesses inépuisables ; avec son sol fertile qui rend cent pour cent de ce qu’on lui prête; avec ses bois splendides, ses fleurs embaumées et ses femmes adorées que rêve la terre entière et que seuls nous possédons. Oui, chaque jour je l’aime davantage, et je deviens de plus en plus exigeant pour lui. Comment rester indifférent en présence des dangers auxquels on l’expose? — Vous exagérez toujours, Ignacio, et faites volontiers d’une mouche un éléphant. Il ne faut pas grand’chose pour vous mettre en ébullition. — En vérité, Felipe, vous n’avez que de l'almendrada1 dans les veines ! Vous avez un bandeau sur les yeux. Votre sang-froid me met hors de moi. Vous ne voyez donc rien ? — Je vois que nous faisons d’excellentes affaires, que vous êtes cette année plus riche encore que vous ne l’étiez l’an passé. — Riche!... riche !... Voilà le grand mot lâché. Parce que j’aurai gagné quelques vingtaines de mille 1

Orgeat.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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