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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

élégance. Nulle part je n’ai vu de femmes aussi femmes que les femmes de la Havane. Son visage, ses bras, son cou avaient encore des traces de la cascarilla 1, si chère aux créoles. Don Ignacio était petit, nerveux et sec. Ses cheveux, d’un noir luisant, frisaient naturellement. Ses mains, petites et brunes, paraissaient plus brunes encore à cause du duvet soyeux qui les ombrait. De formidables moustaches faisaient de leur mieux pour lui donner un air féroce. Je ne les ai vus que sur des visages espagnols et italiens, ces épouvantails empruntés en grande partie à la barbe et aux favoris, et qui, non contents de s’épanouir au-dessus des lèvres, s’étalent ébouriffés jusqu’au milieu de chaque joue. Don Ignacio portait un jipijapa2 merveilleux de finesse et un vêtement de toile blanche aussi luisant que s’il eût été verni, grâce au cylindrage forcené auquel tout ce qui est linge est soumis à Cuba. Les enfants vinrent embrasser leur père, puis on annonça le déjeuner. L’appétit me manque pour vous décrire ce repas homérique. On est si bien sur le perron! Retournons-y tout de suite, et, le cigare aux lèvres, une tasse d’excellent café caracolillo à notre portée, étendus dans un fauteuil à bascule, causons en regardant voler les oiseaux petits comme des papillons et les papillons grands comme des oiseaux. « Vous avez pu voir, — me dit don Ignacio Malconiento, rendu plus communicatif encore par quel1 Poudre faite de coquilles pulvérisées, qui remplace la poudre de riz des Européennes. 2 Chapeau de paille fine.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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