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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L’ILE. 323

partir. Elle a un faible pour vous, Felipe, vous le savez. — Je ne m’en cache pas, dit une jeune femme qui arriva, souriante, en tendant la main à don Felipe. J’ai pour le voisin une grande affection. — Et vous avez bien raison, doña Carmen ; il faudrait être plus ingrate que nul ne l’a jamais été, si vous n’aimiez pas un peu qui vous aime tant. — A votre aise!... oubliez que je suis là. Par le diable! faut-il que j’aille chercher le machete le plus lourd de mon arsenal, et que... — Présentez-moi plutôt, monsieur, dit la jeune femme. — C’est vrai ! je suis sans excuse et vous demande pardon, monsieur. Je vous considérais déjà comme de la maison. Carmen, monsieur est un Français ; il arrive de Paris et vous donnera des nouvelles de votre ville préférée. C’est l’ami de don Felipe. — Il est donc des nôtres. » La jeune femme s’avança vers moi et, s’étant accoudée sur la balustrade, me parla de tous ces riens qui sont notre vie à nous autres Parisiens. Elle connaissait la France à merveille et paraissait beaucoup l’aimer. Doña Carmen avait vingt ans à peine, des yeux frangés de noir, des sourcils dessinés avec soin par la nature, des dents petites et égales comme les créoles en ont quand elles s’en mêlent, des cheveux plus qu’il n’est nécessaire d’en avoir, une taille aussi fine que ses épaules étaient larges, des mains et des pieds d’enfant. Son allure souple, féline, avait une grande

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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