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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

que la mer a à peine une ride : « C’est le naturel de la bête », répond l’officier en riant ; ou bien encore : « Le Tasmanian secoue ses puces. » Le fait est qu’il les secoue si bien que, le second jour, l’équipage avait son homme à la mer. Je me sens pris d’une fièvre philanthropique et veux clouer au grand mât du bateau damné un large écriteau portant ce salutaire avis : « Gardez-vous du Tasmanian et de la ligne anglaise. » Dussé-je ne détourner qu’un passager de cette voie infernale, je m’applaudirais de mes efforts. Si vous avez des nerfs, un cœur, un estomac ; si vous avez du sang dans les veines, de la bile dans le foie, une cervelle dans le crâne; si vous avez une idée dans cette cervelle, un sentiment quelconque dans ce cœur; si vous êtes triste, si vous êtes gai, si vous êtes pressé, si vous ne l’êtes pas; si vous êtes riche, si vous êtes pauvre; si vous avez des amis, une famille ; si vous êtes seul au monde; si vous aimez, si l’on vous aime ; si... et si... puis encore si..., ne montez jamais sur le Tasmanian ; et si, enfin, vous avez quelque humanité, unissez votre voix à la mienne pour crier : « Gardez-vous du Tasmanian et de la ligne anglaise. » Là, jamais d’air pur. Le vent apporte à l’arrière, soit une odeur d’huile chaude qui vient de la machine, soit un assortiment de parfums gras qui viennent de la cambuse. De l’avant arrivent encore les senteurs qu’exhalent les boîtes à volailles, qu’on ne nettoie

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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