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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

pas lâcher. Ils sont quelquefois si nombreux autour des potreros, qu’on en a vu des légions miner et jeter bas des habitations. » Nous allions attaquer le terrier et essayer de déloger son hôte, lorsque notre calesero, blême et tremblant, nous interrompit. « Remontez en voiture, messieurs, et au plus vite ! » nous cria-t-il. Nous lui demandâmes ce qui pouvait l’épouvanter à ce point. Il n’eut pas la force de nous répondre et se borna à nous désigner un pan de mur en ruine, couvert de mousses adorables. J’allais les passer en revue... notre cocher me cria : « Pour l’amour de Dieu, monsieur, n’allez pas par là ! » Je vis alors, à demi caché dans l’herbe, un couple hideux. Oublieuses du monde, deux mygales énormes (l’araña peluda) échangeaient de douces caresses. Tout promettait au monde un prochain renfort de monstres. Le mâle, entouré de débris d’insectes, semblait offrir ces reliefs à sa compagne au ventre roux. Ses mandibules amoureusement tendues appelaient un baiser. « Quoi! dis-je à mon compagnon, ce sont ces deux laiderons qui troublent ainsi votre cocher? — Jamais vous n’arriverez à le convaincre que la morsure de l’araignée-crabe n’est pas mortelle. Il est du reste difficile de voir une plus épouvantable bête. Sa piqûre cause une douleur aiguë et provoque une fièvre terrible qui dure plusieurs jours. Les pauvres arachnées sont assez à plaindre pour qu’on leur

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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