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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L’ILE.

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De loin en loin, à demi hors de l’eau, se détachaient, vigoureuses et sombres, les racines enchevêtrées des mangliers. Dans ce fouillis, des pélicans étaient à l’affût, attendant au passage l'agujon, le pargo, le rabi-rubia, le caballerote, la lenguado, la liza à la chair savoureuse; dédaigneux des ordonnances de police, guettant aussi le caji, le guaguanche, la morena verde, le tiñosa negra qui donnent la jaunisse et dont la pêche est prohibée. Plus loin se dressaient des roseaux géants. Chaque élan de la brise les inclinait. Ils trempaient alors dans la mer leurs panaches argentés. A mon grand regret, la voiture tourna brusquement à droite. Les chevaux s’engagèrent au galop dans un raidillon devant lequel un isard eût hésité. J’offrais à chaque instant de mettre pied à terre. Mon compagnon stupéfait me demandait pourquoi. Des pierres roulaient à chaque pas de l’attelage; partout des quartiers de roche sortaient de terre, des racines énormes tentaient de nous barrer le passage. Nous suivions, paraît-il, une route classée. J’avais cru à un éboulement récent. « Le chemin était encore meilleur le mois passé, me dit le cocher. Par malheur, une averse a défoncé la chaussée et fait rouler deux pieds de terre dans la baie. C’est égal, ce serait un plaisir de conduire, si l’on avait toujours des routes de même. » Nous avons traversé au pas la voie ferrée, qu’aucune barrière ne protège, et gravi ventre à terre un second raidillon plus escarpé, plus cahotant, plus abrupt encore que le premier. Jamais je n’ai pu

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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