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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L'ILE.

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« Juan, vous me payerez cela. Je ne danserai certainement pas avec vous de toute la soirée. »

Demeuré seul devant ma victime involontaire : « Je parierais, mademoiselle, lui dis-je, que vous ne savez pas un mot d’anglais? — En effet, monsieur, je ne parle qu’espagnol, me répondit-elle avec autant d’aisance que si elle eût toujours habité Londres ou Washington. — Et moi, mademoiselle, je ne parle que français, lui dis-je dans la même langue. J’ai donc l’honneur de vous saluer... en anglais, en français et en espagnol. » J’allais rentrer dans la salle à manger, lorsque la señora Laurenao me demanda mon bras. Je dus le lui offrir et continuer pour lui complaire mon ridicule pèlerinage. J’épuisai, bon gré, mal gré, la série des jeunes filles « qui parlaient très-bien français ou anglais », comme les señoritas Carmen de Santo et Filipina Palacio. Chaque fois que je songe aux sottises que j’ai débitées ce soir-là, le frisson me reprend; et c’est avec d’autant plus de raison, que toutes les invitées de don Antonio Laurenao parlaient l’anglais et le français comme feu Shakespeare et feu Molière. Après m’être deshonoré du côté des dames, je dus en faire autant du côté des hommes. Là, je trouvai quelques âmes charitables qui toutes me posèrent ces quatre mêmes questions : « Est-ce la première fois que vous venez dans notre île? » — « Comment trouvez-vous ce pays? » — « Souffrez-vous beaucoup de la chaleur? » — « Resterez-vous longtemps ici? »

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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