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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L’ILE. 291

la salle à manger, qui fait suite au vestibule dans toute maison bourgeoise quelque peu soucieuse des saines traditions. Mon hôte ne savait pas le français; aussi s’empressa-t-il de me présenter à sa femme, tout en me criblant de politesses espagnoles. L’ami de l’ami d’un de mes amis qui devait me présenter à mes nouveaux amis n’était pas encore arrivé. Je le maudis à plein cœur! Je faisais piteuse figure et embarrassais fort les maîtres du logis. Mon hôtesse, qui ne savait pas plus le français que je ne savais l’espagnol, se débarrassa de moi avec une grâce exquise en faveur de son fils, un beau et aimable garçon qui savait moins le français encore que ses père et mère, mais qui parlait anglais, ce qui nous permit de nous entendre. Alors commença une interminable série de présentations troublantes. Tout le monde s’empressait de me présenter à quelqu’un, pour se débarrasser de moi. Sous le feu des regards d’une soixantaine de jeunes femmes rieuses, qui ont eu bien raison de se moquer de moi, je fis piteusement le tour du salon. Jamais pénitent n’entreprit avec plus de trouble le « chemin de la croix » autour d’une église. « Permettez-moi, monsieur, de vous présenter à doña Carmen de Santo. Mademoiselle parle fort bien votre langue. » Et je demeurai seul, debout devant une adorable jeune fille qui ouvrit aussitôt son éventail pour se ménager un abri, dans le cas où une irrésistible envie de rire la prendrait. Il fallait parler, coûte que coûte. Je balbutiai une banalité que, par charité sans doute,

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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