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TROISIÈME PARTIE. —DANS L’INTÉRIEUR DE L’ILE.

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fenêtre et vit son nègre cuisinier en faction au bout d’une corde, les pieds loin du sol, la langue au soleil, accroché à un des battants de la porte. Couper la corde pouvait avoir des inconvénients; ne la point couper pouvait en avoir davantage. « N’allons pas trop vite, se dit notre homme. Il est toujours plus sain de réfléchir. Si je touche à ce filin, j’aurai affaire à la justice. Si mon nègre est mort, on m’accusera de l’avoir assassiné; histoire de m’alléger les poches. Oui, mais... si ma brute respire encore, en ne lui portant pas secours, je perds douze cents piastres de gaieté de cœur. C’est mon capital qui agonise là, entre ciel et terre. » Guanajay venait de quitter le pendu ; certains indices permettaient de croire le déserteur plus loin encore du paradis que de ce monde... Le maître coupa la corde. Le corps tomba. Quelques coups de botte providentiels ressuscitèrent le défunt, qui toussa, bâilla, ouvrit les yeux et, tout étourdi encore, demanda à boire. « A boire! Je te donnerai à boire, moi, attends! Qu’est-ce que tu faisais au bout de cette corde? — Je mourais, maître. — M’en avais-tu demandé la permission? — Non, maître. — T’ai-je payé, oui ou non? — Vous devez m’avoir payé, puisque vous me battez. — Alors, si je t’ai payé, tu es à moi et pas à toi. — Oui, maître. — Te pendre, c’est me voler. Comprends-tu?

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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