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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

saluèrent six jeunes femmes qui les suivirent lentement, comme s’il se fût agi, leur tour venu, d’entrer dans le cabinet redouté d’un dentiste. Les couples s’étant enlacés, la danse commença, calme, calme, calme, comme il convient au temps chaud. Les pieds quittaient à peine le sol... d’adorables petits pieds, par exemple! trop parfaits pour toucher terre. On eût dit qu’un grand danger menaçait ceux qui seraient sortis du carré de marbre blanc ou noir sur lequel ils tournaient. Les contredanses havanaises sont célèbres. Cela se compose de seize mesures d’un rhythme boiteux, bizarre, impossible à écrire, dont la tradition se transmet de génération en génération. Ces seize mesures finies, l’orchestre les reprenait, et cela dura un quart d’heure, pendant lequel les auditeurs delà rue, émoustillés, dansaient sur place. Le hasard amena près de moi une petite mulâtresse de quatorze à quinze ans. Sa mère se tenait près d’elle. La jeune fille avait la chair d’un beau brun safrané comme la robe des chevaux isabelle. Sa peau était fine à plaisir, et l’on devinait, sous le réseau de la mantille dans laquelle elle s’enveloppait, un corps plein de charmantes promesses. Ses cheveux noirs, longs et soyeux, avaient des ondulations folles. Ils se tordaient sur sa nuque en un chignon épais et lourd, aux reflets bleuâtres, dans lequel les deux ou trois fleurs qu’on y avait plantées semblaient avoir poussé. Quand les mulâtresses se mêlent d’avoir de beaux yeux, adieu les yeux des blanches. Celle-ci avait poussé les choses jusqu’au miracle. Son nez

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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