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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

un canard est solidement attaché. Quatre, dix, vingt guajiros, quelquefois plus, montés sur leurs meilleurs chevaux, prennent place à trois cents pas de la bête. En attendant le départ, ils exercent leurs montures soit à bondir sur place, soit à franchir des obstacles. On a raccourci les étriers... Le pendu en verra de dures. Le signal est donné. Le peloton s’aligne... puis s’élance. Au milieu d’un nuage de poussière, les chevaux galopent flanc contre flanc. Les cavaliers se heurtent des genoux et des coudes en poussant de grands cris. Le pauvre canard qui entend approcher la bourrasque se démène, se lamente, agitant son cou dans l’espace. Il faut passer précisément au-dessous de la victime, enlever son cheval à propos, se dresser sur les étriers sans perdre l’équilibre, saisir au vol le cou du patient qui s’agite... Ce n’est pas aisé, je vous l’assure. Les quarante cavaliers se disputent le passage étroit. A mesure que l’on approche, on en vient aux coups. Les uns, comptant sur l’ardeur de leur monture, cherchent à prendre du champ... ils sont aussitôt rejoints. D’autres font ruer leur bête pour s’isoler. S’il n’y a pas quelque jambe cassée, c’est un hasard. Le peloton devient de plus en plus compacte. Il a passé, bride abattue, sous le but. Les chevaux ont bondi, harcelés par l’éperon. Quatre-vingts bras se sont tendus... Un des concurrents a touché le patient. La tête est si bien enduite de graisse qu’elle a glissé entre ses doigts.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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