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TROISIÈME PARTIE.— DANS L’INTERIEUR DE L’ILE. 239

ouvriers faisaient la sieste. S’il eût été une autre heure que midi, ils eussent été absents tout de même; seulement, c’eût été pour un autre motif. Comme on devait repeindre la façade, une haute échelle était appuyée sur le logis. L’officier public et son état-major s’étaient installés au premier étage, au milieu d’une sierra de dossiers et de paperasses. En embuscade, comme les araignées du plafond, le notaire, par un trou pratiqué dans le plancher, voyait entrer et sortir ses victimes. Pour le guajiro, parler à un escribano ou caresser un tigre à jeun, cela revient au même. Ignacio Narigon s’était mis en chemin comme le chien qu’on fouette. En voyant dans quel état était la notairerie, il se crut sauvé. On démolissait l’étude, il avait du temps devant lui. Sa conscience ne pourrait rien lui reprocher s’il tournait les talons. Sa confiance le perdit. Persuadé que la maison était vide, il résolut de braver l’ennemi absent. « Eh ! cria-t-il, en frappant le mur de la poignée de son lourd machete, eh!... par où entre-t-on ici? » Une voix sinistre tombant du plafond lui répondit : « Par l’escalier, parbleu! Par où voulez-vous que ce soit? » Ignacio Narigon fit un bond de côté, comme si la foudre l’eût menacé. Le meurtrier d’Abel dut prendre une attitude analogue, lorsque des deux tnarbrés par les éclairs, tomba la phrase célèbre : « Caïn, qu’as-tu fait de ton frère? » L’escalier! Où pouvait bien être l’escalier? Le guajiro avait toujours vécu de plain-pied. Ses doigts

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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