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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L'ILE. 225

est tressée avec soin, tournée avec grâce, et fixée au troussequin de la selle. Il n’est pas rare que des rubans égayent la crinière. Les harnais sont rehaussés de clous d’argent, et le cheval de la mujer aura près de l’oreille une branche de coralillo. S’il n’y a qu’un cheval, le mari s’installe à l’arrière, la femme à l’avant, et en route! Jamais vous ne verrez la guajira monter de la sorte qu’avec son époux ou ses parents. Elle s’appuie alors sur la poitrine de son compagnon, qui l’enlace du bras gauche. C’est un groupe charmant, je vous assure, car le guajiro est un beau et fier cavalier, mieux d’aplomb sur sa monture que sur ses deux jambes; car la guajira est, la plupart du temps, une adorable créature, femme jusqu’au bout des ongles. Lorsque vous rencontrez aux champs cette étrange paysanne des tropiques, courant, les pieds nus, après la volaille en maraude, le bas de sa robe de nipis teinté par la terre rouge, adorablement décolletée, les bras nus, une fleur dans les cheveux, un bouquet à la ceinture, vous croyez voir une princesse des contes de Perrault, mise par quelque fée hargneuse en pénitence. La guajira, familière avec toutes les femmes, est respectueuse avec tous les hommes. Elle se lève devant ces derniers et les salue au passage. C’est que ses compagnons ont une fierté native et une force musculaire qui lui imposent. Jamais les guajiros ne travaillent en commun. Chez les autres, ils consentent à diriger la culture, à mater les esclaves, à surveiller les troupeaux, à con15

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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