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TROISIÈME PARTIE. — DANS L’INTÉRIEUR DE L’ILE. 219

des scolopendres, des araignées velues, des scorpions roux. La jeune fille s’assit avec calme sur ce repaire, et dit en me tendant la main : « Venez près de moi, petit Français; nous serons ici à merveille pour parler de votre pays. » Et elle croisa l’un sur l’autre ses petits pieds, ses petits pieds presque nus, tant ses bas étaient fins, tant ses chaussures de soie étaient peu de chose. J’avoue que j’hésitai. Ce va-et-vient de monstres venimeux me troublait. J’étais à la fois inquiet et écœuré. Ma cousine rit de si bon cœur que le rouge me monta au visage. « Ne restez pas là, je vous en prie », lui dis-je en prenant la main qu’elle me tendait, dans l’espoir de l’attirer à moi et de l’entraîner. Elle résista. « Ah! Français que vous êtes, s’écria-t-elle, vous n’avez aucun des mérites qu’on vous attribue... et que vous vous attribuez. Que voilà donc un galant cavalier! Il refuse de prendre place auprès d’une jeune fille qui l’appelle, parce qu’il a peur des araignées! Vous n’êtes que des don Juan surfaits, des Amadis de pacotille, des... — Levez-vous, Eva, et je prendrai votre place, je vous le promets. — Je ne m’en irai pas. Voyez si vous voulez vous asseoir auprès de moi. » Je me serais assis sur le gril de saint Laurent, dans le tonneau de Régulus, tant ma cousine avait l’air moqueur.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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