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TROISIÈME PARTIE.

DANS L’INTÉRIEUR DE L'ILE.

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J’ai saisi au vol le dialogue suivant. Un inspecteur des chemins de fer qui voyage avec nous adresse paternellement quelques reproches au chef de gare. « Polonico, mon ami, on se plaint de vous. Il paraît que vous n’êtes jamais à la station. — Si j’y étais toujours, monsieur l’inspecteur, comment pourrais-je surveiller ma sucrerie ? — Donnez votre démission, mon cher, et restez à votre Ingenio. — Vous n’y pensez pas, monsieur l’inspecteur ! Si je donne ma démission, où prendrais-je l’argent pour entretenir ma sucrerie ? » M. l’inspecteur ne trouve rien à répondre. Les malles s’ouvrent, et leur contenu roule et demeure sur la chaussée, si l’on n’a pas eu le soin de les corder solidement. On ramasse les épaves après le départ du train. Une odeur écoeurante et fade empoisonne l’air autour des wagons de troisième classe, les seuls dans lesquels les nègres sont admis. Il n’est fait d’exception que pour les nourrices. Le train repart. A chaque instant, un guajiro, fièrement campé sur son cheval isabelle, le machete au côté, de lourds éperons d’argent aux talons, escorte le train à toute bride. Il boit l’air avec ivresse. Le vent fait claquer les bouts du foulard qui flotte sur sa nuque, à l’ombre de son chapeau de paille fine. Il tient soigneusement sous son bras gauche un coq de combat, la tête et le dessus du croupion soigneusement plumés, les ailes

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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