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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

oser proférer une plainte. Don Hernandez se demanda s’il ne serait pas à la fois plus humain et plus avantageux de charger sa grenaille dans des brouettes. M. l’administrateur voulut bien trouver l’idée pratique; M. le docteur voulut bien ne pas la trouver saugrenue. Aussi, un mois après, les travailleurs reçurent-ils tous une belle brouette neuve, avec laquelle ils s’en furent à l’aventador, et qu’ils rapportèrent pleine, sur leur tête, comme ils avaient l’habitude de le faire de leur manne d’osier. Le ricin croît partout, comme font chez nous les mauvaises herbes. Autour des poteaux du télégraphe s’enroulent des lianes fleuries. Les fils servent d’espalier. Les dépêches, en passant, font vibrer les clochettes. Dans chacun des wagons circule un marchand de billets de la loterie royale. Trois ouvriers ont entrepris de changer des traverses. Rendant les trente minutes que j’ai passées à San Felipe, chacun d’eux a donné douze coups de pioche et a fumé trois cigarettes. Ils reçoivent deux piastres par jour, pour dix heures de ce travail. Chacun des deux cent quarante coups de pioche qu’ils donnent revient à près de cinq centimes. Est-ce cela que l’on appelle en Europe « travailler comme un nègre »? Le transbordement des bagages continue lentement. Jamais un noir n’enlève un colis. Il le fait avancer, tantôt sur un angle, tantôt sur un autre, jusqu’à ce que les charnières soient toutes brisées.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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