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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

pectés par MM. les voyageurs, qui auront la délicatesse de n’y entrer sous aucun prétexte, lors même qu’ils ne seraient pas occupés. »

La nuit est profonde encore. Le train sort lentement de la Havane. Le chauffeur fait danser à l’avant de sa locomotive une grosse cloche. C’est qu’aucune barrière n’interdit le passage. Jamais cependant je n’ai entendu signaler d’accident. Nous sommes bientôt hors de la ville. Elle n’a pas, comme la plupart des nôtres, d’interminables faubourgs qui la soudent aux cités voisines. Nous voilà en pleine campagne. L’air est frais, on se sent vivre. La rosée a été abondante, la terre sent bon. Le brouillard est bas. Nous roulons sur une couche d’ouate. Les palmiers émergent de la brume qui monte lentement. Bientôt leurs troncs, comme de longues colonnades, apparaissent. A son tour, le feuillage est voilé. La lune lance quelques rayons d’adieu entre les arbres luisants. Sur ce paysage de velours noir glissent de longues traînées lumineuses, plus lumineuses que le ciel. Le jour approche. C’est plutôt une espérance qu’une lueur. Mais voilà que le soleil monte à toute vitesse. La nuit tombe foudroyée. Il n’y a presque pas de transition entre l’obscurité et la lumière. Il faut tout regarder en hâte. Sur l’horizon qui se teint de pourpre se détachent à profusion de longues bandes noires d’arbres chevelus. La Seïba, le Palmier royal, haut et élancé, reçoivent les premières caresses du jour; les Coco-

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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