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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

et de se déchirer. Le signal attendu se fit enfin entendre ; un coup de tonnerre retentit qui déchaîna les éléments destructeurs. Les vents soufflèrent avec une violence inconnue, roulant et déchirant les nuages, soulevant des vagues pesantes qu’ils lançaient contre la jeune île épouvantée. La foudre frappait à coups redoublés, allumant de sinistres lueurs dans les montagnes, provoquant la grêle qui déchirait partout le feuillage et ravinait le sol. Ce n’était rien encore. De tous les côtés, d’énormes colonnes d’eau se dressèrent sur la mer, leur sommet soudé aux nuages, leur base rivée à l’Océan. Elles se mirent à tourner avec rage, faisant le vide au-dessous et autour d’elles. Tout au haut de leur spirale effroyable brillait « l’œil bleu de la tempête ». Elles avancèrent, aspirant tout sur leur passage, escaladant l’île, desséchant les herbes, tordant les arbres géants, brisant leurs racines et transportant au loin, pêle-mêle avec des quartiers de roche, des amas de terre et de sable. Au bout de quelques minutes, les vagues roulèrent le reste des forêts; les plaines ravagées furent jonchées d’algues. Quand tout fut dévasté, le mauvais ange fit une trouée dans les nuages pour que le soleil dorât son œuvre et en fit bien ressortir toute l’horreur. « Vous êtes vraiment terrible et sans pitié, mon frère, dit l’archange, les yeux remplis de larmes. — Est-ce moi qui ai inventé la foudre, le vent, la grêle et les averses ? Non ! Seulement je sais m’en

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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