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DEUXIÈME PARTIE. — LA HAVANE.

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Et ils partirent, fendant l’espace, plus rapides que la lumière et la pensée. Le soleil projetait leurs deux ombres sur les mondes qu’ils côtoyaient. A l’ombre du bienheureux tout était repos, amour et bien-être. Partout sur le passage du réprouvé s’élevaient des orages furieux; des ouragans meurtriers se déchaînaient. Lorsqu’il ne fut plus qu’à soixante kilomètres de la Terre, saint Michel pâlit. « Qu’as-tu ? demanda Satan. — Ces gaz que l’on respire ici m’oppressent. — L’homme te soutiendra que l’azote est inodore. — Quand on quitte le Paradis, c’est une infection. — Tu le vois : dès les premiers coups d’aile, les critiques commencent. — Tout est relatif. Pour les humains, cet air empoisonné est pur. — Il est frais et parfumé pour qui sort de l’enfer. Si je m’occupe autant de cette misérable sphère, c’est que j’y suis aimé et que j’y respire à l’aise. » Arrivés en vue du nouveau continent, les voyageurs célestes redoublèrent de vitesse. Ils planaient sur le golfe du Mexique. Leurs regards, qui défiaient l’espace, portaient au loin sur toute la mer des Antilles. Ils mirent pied à terre à la pointe extrême de la Floride. Aussitôt un geste de l’archange fit sortir de l’Océan une île verdoyante, la plus belle des îles jusqu’alors créées. C’est ainsi que Cuba jaillit de l’eau, tout

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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