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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

— Soit ! répondit mon voisin, cette séparation n’aura pour moi rien de trop pénible. Je me sens de force à la supporter... surtout si je trouve de toi un bon prix. » Et il lui donna un papier établissant qu’il ne s’opposait pas à ce qu’elle cherchât d’autres maîtres. Artémisa se mit aussitôt en quête d’un preneur sérieux, et, dès le surlendemain, elle annonça qu’un amateur offrait de sa peau et de son contenu 1600 piastres. Le prix étant convenable, mon voisin se rendit chez l’infortuné qui aspirait à le remplacer. On se mit d’accord, et il fut convenu que la somme aussitôt versée, la négresse changerait de résidence. Tout paraissait conclu pour le mieux, lorsque Artémisa disparut. Mon voisin, furieux, se mit en chasse et revint bredouille. Tout ce qu’il tenta pour retrouver la fugitive demeura inutile. Il lui répugnait de faire intervenir la justice; sait-on jamais ce qu’il en coûtera! Il dut cependant s’y résoudre. Le commissaire de police, qui ne doutait de rien, lui promit que la nuit ne se passerait pas sans qu’il eût mis la main sur Artémisa. La nuit passa. Le jour en fit autant. Une nuit nouvelle alla rejoindre son aînée dans le panier aux ordures de l’éternité ; et puis un jour encore, et puis une nuit. Mon voisin ne vit rien venir. Si fait!... il vit arriver une feuille de papier timbré qui établissait la situation de la fugitive et dont le coût était de... je ne sais plus combien. « Voilà que cela commence ! Je l’aurais parié », se dit Randolfo. Randolfo est le nom de mon voisin. Je

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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