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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

La dernière seconde de la dernière minute-est arrivée ; il faut partir. « Adieu, chère femme, un dernier baiser. » La veilleuse éclaire à peine la chambre des enfants. La gouvernante ne s’est pas couchée. On apporte une lampe; les petits ont bientôt les yeux ouverts. En se rappelant pourquoi on les éveille, la tristesse les prend. L’aînée veut s’habiller en hâte et conduire son père à la gare. Sa sœur ne veut pas qu’il parte et tend ses petits bras vers lui. Le garçon pleure, la tête sous l’oreiller. « En route, en route, Pierre ; je sens le cœur me manquer. » Quatre derniers baisers! Seul, Dieu sait si jamais on en reprendra la chaîne. Les bagages sont bientôt au pied de l’escalier; il faut partir. Le domestique a pris les devants, une bougie à la main. C’est en courant que l’on descend, poursuivis par des silhouettes géantes qui tantôt glissent sur les marches, tantôt se dressent sur les murs. L’ombre des barreaux de la rampe valse dans l’escalier; c’est une ronde sans fin qui bondit d’étage en étage. On arrive sous la voûte. Le concierge a entr’ouvert sa fenêtre et dans l’obscurité risque un adieu. Puis la porte retombe lourdement. Les bagages sont hissés sur le coche; les chevaux, ruisselants, grelottants, impatients de retrouver un abri, battent du pied le pavé. En route ! a Ne montez pas sur le siége, Pierre ; il pleut à torrents. Entrez dans la voiture et asseyez-vous près de moi. »

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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