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DEUXIÈME PARTIE. — LA HAVANE.

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comme on le fait autour de Tacon à l’heure du spectacle ; mais, si les bruits du dehors troublent les spectateurs, gênent les chanteurs, couvrent en partie l’orchestre dans une des plus grandes salles du monde, comment ne troubleraient-ils pas les fidèles rassemblés dens une petite chapelle dont la chaleur tient les portes et les fenêtres ouvertes ? Près de Saint-Philippe est la caserne des bomberos : que de fois ne les ai-je pas entendus passer, musique en tête, à l’heure de la messe! Tout concourt à rendre le recueillement difficile, au moins pour les étrangers. Il faut être dans des conditions spéciales pour prier devant tant d’épaules nues. A peine en est-on à l’évangile, que les éventails commencent leur jeu et leur cliquetis. Il fait si chaud que la mantille glisse de la tête sur les épaules et des épaules autour de la taille. A vos pieds s’épanouit le plus adorable des parterres. Auprès des épaules blanches et rosées d’une créole, les épaules dorées d’une mulâtresse ; plus loin, celles d’une négresse richement vêtue de mousseline couleur de soufre. Puis des cheveux magnifiques, souvent ornés de fleurs ; de lourdes tresses, des chignons opulents, des boucles blondes ou noires qui se tordent comme des serpents d’or et de jais. Les châtaines n’ont rien à faire ici. Et vous voulez qu’on ne fasse pas de comparaisons ! Ces corsages décolletés, ces manches courtes n’ont rien que de très-convenable; la chaleur les rend d’ailleurs indispensables. C’est une affaire d’habitude, et ma raison me dit qu’il n’est pas plus extravagant

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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