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DEUXIÈME PARTIE. — LA HAVANE.

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dement sur le plancher ou au milieu de l’orchestre des musiciens. L’un d’eux roula sur la rampe et y eût été brûlé vivant, si un violon compatissant ne l’eût, du bout de son archet, lancé au fond du théâtre. Des acteurs français entreprirent courageusement de jouer Un mari dans du coton, devant un public qui, comprenant à peine notre langue, se mita siffler dès le début de la première scène. Les connaisseurs de la cazuela prirent la chose au sérieux, et si le rideau n’avait pas eu l’instinct de glisser, il eût fallu le descendre. Le spectacle finit par une pantomime dans laquelle des trucs du temps de Charlemagne excitèrent l’orgueil des spectateurs du cintre. La table à double fond dans laquelle disparaissent les clowns, l’échelle sans fin, la chaise ascendante, la bougie pyrotechnique, et autre menu fretin féerique, arrachèrent au public de la cazuela et de la tertulia des cris d’enthousiasme. Mais ce qui les enchanta plus que toute autre chose, ce fut de voir des figurants, vêtus de l’uniforme de nos troupes d’infanterie de ligne, rossés par le pitre. « Gabachos ! gabachos ! » hurlaient les nègres en montrant le poing, je ne sais pourquoi, à nos soldats. Désireux de savoir ce que signifiait exactement le mot de « gabacho », je pris, en rentrant, le dictionnaire de Nunez de Zabaoda, et j’y lus : Gabacho cha, s. m. Homme sale, malpropre, dégoûtant. On le dit des habitants des Pyrénées et,

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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