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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

de loges séparées les unes des autres par des barrières à hauteur d’appui et contenant chacune six places sur deux rangs. La balustrade est fort basse et à jour. C’est un balcon au treillage léger qui permet de distinguer l’ensemble des toilettes. Rien n’est plus charmant à voir que ces petits pieds chaussés de satin, posés sur les dessins du grillage, comme des oiseaux blancs sur un espalier d’or. Les créoles ont le talent de s’habiller le plus élégamment du monde avec des gazillons ; cependant, au théâtre, la plupart des toilettes sont tellement élégantes, et il faut les varier si souvent, qu’une loge qui coûte deux cents piastres pour les vingt-quatre représentations de l’abonnement revient en totalité à une trentaine de mille francs. Les Havanaises portent la toilette à ravir. Si elles se décollètent plus que les Européennes, je suis loin de leur en faire un crime. Elles ont pour elles tout ce qui, en pareil cas, constitue un droit. Les hommes ont renoncé à l’habit, qui n’est admis que pour les dîners et les bals ultra-officiels. Dans les réunions particulières et au théâtre, la redingote est de rigueur. Les loges sont closes du côté du couloir par des persiennes mobiles qui, si elles permettent à l’air de circuler, ne permettent pas aux toilettes de se détacher avantageusement comme sur le fond calme et uni de nos loges européennes. Cette disposition, que la chaleur rend indispensable, a d’autres très-grands inconvénients. On n’entend que difficilement ce qui se dit en scène, mais on

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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