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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

Le public ne se faisait pas faute de rendre l’administration responsable de ce trafic, l’accusant même d’en profiter. Le péristyle était encombré de fumeurs attendant le lever du rideau au milieu d’un épais nuage que les dames traversaient le mouchoir sur les lèvres. Les pauvres femmes paraissaient fort préoccupées de préserver leurs robes longues et légères, qui entraînaient les bouts de cigares encore brûlants jetés de tous côtés. Le théâtre vend deux catégories de billets : des entrées et des billets de place. L’entrée donne simplement accès dans la salle. Si vous n’avez pas pris un billet de place, si l’on ne vous a pas réservé un fauteuil dans quelque loge, vous passerez votre soirée dans les couloirs, ayant pour toute ressource de regarder furtivement, à travers les persiennes qui servent de cloison aux loges, les épaules des spectatrices, le dos des spectateurs, d’écouter des lambeaux de causerie et des fragments de musique. Ne trouvant plus de place ni au bureau ni à la porte, je pris une entrée, sans savoir précisément à quoi elle me servirait. A peine dans les couloirs, je fis une remarque qui me ravit : il n’y avait pas une ouvreuse dans la salle. J’ouvre ici une parenthèse pour y glisser un compliment. La mendicité industrielle n’existe pas à la Havane. L’exploitation des difformités et des plaies, l’exhibition d’enfants malsains et rachitiques, l’art d’être dans la misère et de s’en faire de bons revenus y sont inconnus. Il n’est réclamé aucun pourboire, aucune

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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