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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

trop fins pour se faire concurrence, ils s’entendent et restent maîtres du marché. Les nègres en font peu de cas, par exemple. N’en ai-je pas entendu un me dire : « Ay ! señor, que je voudrais être blanc... ne fût-ce que Catalan ! » A peu d’exceptions près, la terre est aux créoles. Les fortunes industrielles sont maigres si on les compare aux fortunes territoriales. Ces dernières n’ont pas de limite, mais il est impossible de les réaliser. Ces plantations magnifiques, ces résidences enchantées, ces armées d’esclaves sont de mauvaise défaite, Plus on va, plus tout cela prend de la valeur, en ce sens qu’on se les procure avec plus de peine, et cependant qui oserait en donner son prix ? C’est que la défiance s’est emparée de l’esprit public ; elle s’y est insinuée comme le ver dans le fruit, et l’on vit au jour le jour, attendant l’heure de transition. L’avenir, c’est peut-être demain. J’ai passé à Cuba trop peu de mois, je ne dirai pas pour avoir une opinion sur le sort qui lui est réservé, mais pour l’exprimer avec autorité. Les questions politiques qui intéressent ce magnifique pays m’ont paru claires et indiscutables ; cependant elles n’ont pas eu le temps de mûrir assez dans mon cerveau pour que je me croie le droit de tenter de les imposer aux autres.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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