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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

Il a donc toutes les chances possibles de végéter à Cuba. Dieu me garde de critiquer l’accueil qui lui sera fait dans le monde, car l’hospitalité est une des vertus créoles; je ne veux parler que des relations d’affaires. Le haut commerce ne compte aucune maison française, peu de maisons anglaises et quelques rares comptoirs américains. Les chefs de ces établissements ont d’ailleurs si bien embrouillé les choses, ils parlent tous si correctement l’anglais, le français, l’allemand et l’espagnol, qu’autant vaudrait entreprendre de jouer à pair ou non avec le sable de la mer, que de tenter de préciser leur origine. L’un d’eux fut pris un jour de l’envie d’ajouter notre ruban rouge à sa brochette. Il alla aussitôt trouver notre consul général et lui exposa que, son père étant né à Saint-Jean de Luz, il avait droit au titre de Français. Peu de temps après, changement à vue. La guerre d’Amérique ayant pris des proportions inquiétantes, désirant mettre ses vaisseaux à l’abri, il s’en fut trouver le consul général d’Angleterre et réclama les bénéfices de la nationalité anglaise, se fondant sur ce qu’il était né à Gibraltar. Notre Anglo-Français ne s’en tint pas là. Un jour vint où, voulant obtenir le brevet de fournisseur de la reine, il déclara que son père pouvait être Français, qu’il était bien né à Gibraltar, mais qu’après tout Gibraltar n’appartenait aux Anglais que par le droit canon, qu’il ne reconnaissait, pour son compte, que l’autorité d’Isabelle II, qu’il était bon Espagnol et voulait vivre et mourir en fidèle péninsulaire.

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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