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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

regard vague que ne dirige aucune pensée précise, chantonnant un air méconnaissable et se garant avec peine des voitures. Le mulâtre, plus alerte, en quête d’aventure, passe partout, jetant sur tout un regard effronté. Il s’arrête un instant pour adresser quelques lazzi à un ami de circonstance et reprend sa course pour l’interrompre dix pas plus loin. Le Chinois, lui, rase prudemment la muraille, avançant plus vite que tout le monde, bien qu’il n’ait pas l’air de bouger. Des femmes vêtues de mousseline claire, décolletées, tête nue ou enveloppées dans la mantille de dentelle noire, vont et viennent dans leur volante. En voici deux qui s’arrêtent devant un cordonnier. Elles dédaignent de mettre pied à terre et tendent leurs pieds mignons, chaussés de bas à jour, à des commis qui leur essayent la pantoufle de Cendrillon. Fort heureusement, de larges enseignes, peintes sur étoffe et tendues d’un côté à l’autre de la rue, à la hauteur du premier étage, abritent un peu les passants. Le soleil commence à monter. Les trottoirs sont impraticables; à peine sont-ils assez larges pour une seule personne. Leur grand âge n’est pas douteux ; ils sont usés de telle sorte qu’ils ont l’aspect de gouttières. Les voitures, en les rasant, vous obligent à chercher un refuge dans les boutiques. Aussi ne voit-on jamais deux personnes se donner le bras. Cette douce intimité, ce charmant enchaînement, cette union de deux corps qui se soutiennent ou se pressent, ces

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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