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DEUXIÈME PARTIE. — LA HAVANE.

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— Et mon ménage? — Bah! — Ta diras au commissaire comme nous sommes tranquilles ici. Ce n’est pas comme nos voisines, qui font un train d’enfer jusqu’à quatre heures du matin... Nous ne t'oublierons pas dans nos prières, et tu seras toujours bien servi. » Le sereno allume le cigare qu’on lui a apporté, baise à travers la grille la main qui le lui offre, et s’en va en chantonnant, le chapeau sur l’oreille, escorté par deux ou trois soldats qui envient son sort. « Ce sont de charmantes filles, leur dit-il; je vous les recommande. » Depuis le coucher du soleil jusqu’à dix heures et demie, le sereno continue sa ronde, prenant prudemment à droite s’il entend à gauche quelque bruit, et réciproquement. Il ne peut cependant pas, quelque soin qu’il y apporte, éviter toute bagarre. Un ivrogne frappe à coups redoublés une porte soigneusement close. Le heurtoir ne cesse pas de retentir, esquissant tantôt des trémolos furieux, tantôt des rhythmes sauvages, servant d’accompagnement aux menaces les plus sinistres. Le maître se tient coi et, par une porte de derrière, envoie chercher le sereno. Celui-ci arrive en grommelant, plus irrité qu’Oreste, plus impétueux qu’Ajax, plus tonnant que Jupiter. « Eh bien, canaille! Borracho de demonio! que fais-tu là? Passe ton chemin plus vite que ça, ou tu auras affaire à moi ! » Et le sereno agite sa lance et sa lanterne. L’ivrogne, 7

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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