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UN PARISIEN DANS LES ANTILLES.

fois les portes closes, les rues ont un faux air de ménagerie. Je parlais, il y a un instant, du bariolage des maisons. Je crois devoir enregistrer ici un mot plein de sens que j’ai entendu ce matin. « Monsieur le marquis, dit le criado de mano, il serait grand temps, je crois, de faire repeindre la façade. — Tu as raison. J’ai remarqué en rentrant hier qu’elle n’est plus convenable. Dès demain, occupe-toi de cela. — Devrai-je faire conserver ou changer la couleur de la maison ? — Pour ce qui est de cela, va le demander à nos voisins d’en face. C’est eux seuls que cela intéresse. Est-ce que de chez moi je vois ma façade? Est-ce que je m’arrête pour la regarder? Eux, au contraire, l’ont toujours devant les yeux. Va donc leur offrir mes compliments et prendre leurs ordres à ce sujet. » N’est-ce pas faire preuve à la fois de bon sens et de courtoisie? La ville a deux aspects bien distincts : pendant le jour, elle sommeille, engourdie, énervée; la nuit venue, elle tressaille, elle respire, elle vit. Tant que le soleil brille, tout est soigneusement clos. A peine de loin en loin voit-on quelque doigt rose écarter les lames mobiles des persiennes, et deux grands yeux noirs, pleins de lumière, suivre les passants. Mais à l’heure bénie où le jour baisse, portes et fenêtres s’ouvrent à deux battants, les persiennes s’écartent, les stores grincent en s’enroulant... Place

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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