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DEUXIÈME PARTIE. — LA HAVANE.

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de trouver le passage libre. Les fenêtres ont la largeur de nos portes cochères, et les portes, celle de nos arcs de triomphe. Dans presque toutes les habitations bourgeoises, la façade est occupée par un vestibule immense, de plain-pied avec la rue, et par le salon. La salle à manger vient ensuite; elle occupe toute la largeur du bâtiment et donne sur une cour presque toujours encadrée par une arcade aux larges piliers. C’est dans la rue, devant la porte, que l’on dételle. Bon gré, mal gré, le cheval traverse le comedor (la salle à manger), pour regagner son écurie. Puis la voiture, lavée, cirée, brossée, vernie, est remisée dans le vestibule. Le nouveau venu est prodigue de critiques sanglantes, rien ne trouve grâce devant lui. Les maisons basses, les rues étroites, les murailles bariolées, ce qui est blanc, ce qui est noir... que sais-je! tout ce qui pour lui est nouveau le choque. Mais, au bout de quelques jours, mieux instruit, mieux avisé, il comprend que des maisons plus hautes empêcheraient l’air de circuler, que les rues les plus étroites sont les plus ombreuses, que les façades bariolées sont plus douces pour les yeux, et il n’est pas rare de le voir alors porter aux nues ce qu’il dénigrait de son mieux. Dans les quartiers adoptés par le commerce, les boutiques envahissent toutes les façades; il n’y a pour ainsi dire pas de murs d’une ouverture à l’autre. Il est facile, du reste, de se faire une idée de ces rues sans murailles, bordées de larges fenêtres grillées, si l’on se rappelle le pavillon construit pour les animaux féroces à l’entrée de notre Jardin des plantes. Une

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

Un Parisien dans les Antilles  

Quatrelles / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collectio...

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