Page 87

LE CARACTÈRE

ET L’ESPRIT

79

dédains profonds pour le pauvre pioupiou qui vient acquitter sa dette forcée dans les garnisons coloniales. Parader au commandement, sur la savane, devant un ramassis de négrillons, cela manque de prestige, et nombre d’imbéciles ne peuvent, dans leur cervelle, distinguer le soldat du valet, voire même du forçat. Je sais bien que le créole n’apprécie pas toujours nettement la portée de ses expressions, mais enfin celles-ci retiennent quelque chose de l’idée qu’elles représentent. Mais quelquefois la comparaison est catégorique, il n’y a pas à s’y tromper. Une négresse, domestique dans un ménage d’officier, ne put un jour cacher sa surprise en apercevant un soldat laver son linge : elle avait vu, à la Guyane, des forçats bons à tout faire, et elle trouvait naïvement que les soldats, « c’était comme les forçats, aussi bons à tout faire ». Le nègre... et même certains freluquets blancs, ne se gênent pas, à l’occasion, pour envoyer des vilains mots, des gestes ou des coups sournois à ces forçats..., souvent embarrassés dans le choix d’une réponse, initiés qu’ils sont, par l’exemple d'affaires antécédentes, aux suites ordinairement regrettables que l’autorité n’hésite pas à provoquer contre eux, les innocents. On a si petite opinion du soldat, qu’à l’hôpital, où tant de maigres écrivains de toutes sortes d’administrations obtiennent d’être traités et viennent, aux bonnes époques, préparer l’obtention

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Profile for scduag
Advertisement