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LE CARACTÈRE ET L’ESPRIT

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légèrement rafraîchi par une brise tardive, un sommeil réparateur. Vous dormez tranquille et quelquefois rêvant à la mère-patrie. Tout à coup vous êtes réveillé en sursaut, aux accords d’instruments ou de voix. Tantôt ce sont des violons, qui attaquent avec un étourdissant brio quelque morceau en vogue, ou bien un cornet, qui se démène fiévreusement au milieu de variations endiablées. Vous maudissez le concert ou la sérénade, tout en convenant parfois que les exécutants ne manquent pas de talent. Puis brusquement, une fausse note... et tout s’arrête. Ce sont des jeunes gens, qui, de longue main, ont préparé leur scène ; qui, pour forcer plus sûrement l’admiration auditive, ont choisi une belle nuit, calme et silencieuse. Mais l’orgueil a reçu son accroc et la honte de la blessure fait taire nos virtuoses. Je n’en finirais point si je signalais toutes les formes de cette vanité qui éclate partout dans les pays créoles. Elle est très développée même chez les petits enfants. Le fils d’un mulâtre fort intelligent, — à peine alors âgé de six ans, — me déclarait gravement, un jour que je l’avais gardé à ma table, qu’il ne serait pas médecin, mais commissaire ainsi que son papa : « Les commissaires sont les chefs des médecins et je veux être chef. » Spencer John raconte une anecdote encore plus caractéristique. Un petit mulâtre, qu’on avait envoyé à Paris, passait

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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