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NOS CRÉOLES

difficiles). Même aujourd’hui, elle n'est pas complètement supprimée. En 1878, à Nosi-Bé, j’ai pu constater sur les habitations l’existence de nombreux Maquois, recrutés sur la côte orientale d’Afrique, et certainement incapables d’avoir compris et signé aucun contrat d’engagement; j’eus à sévir, un jour, contre un planteur, qui ne ménageait pas les rigueurs inhumaines à ces malheureux, ... à la grande indignation de toute une population, — une poignée de blancs et de mulâtres, que j’appris à connaître pendant une magistrature de deux mois, — et de cyniques doléances trouvèrent un soutien auprès de politiciens et d’administrateurs parés de l’étiquette républicaine 1. Certains députés fêtent avec fracas, en des banquets inondés d’éloquence... et d’excellents vins, à Paris, l’anniversaire de l’abolition de l’esclavage aux colonies. Savent-ils ceci? et, s’ils le savent, pourquoi se taisent-ils devant les Chambres et le pays ? A la côte occidentale d’Afrique, les traitants achètent toujours des nègres, non plus des troupeaux, mais des individus, principalement des femmes, dont ils font leurs concubines, et des enfants, qu’ils transforment en domestiques dociles et peu coûteux. Le prix moyen de ces têtes est un collier d’ambre artificiel (marchandise venant d’Allemagne et d’une valeur commerciale de 150 à 200 francs). Ces noirs, à leur arrivée dans les chefs-lieux, deviennent libres, après une déclaration et un jugement, qui régularisent les affaires de l’acheteur, mais ils sont laissés à la disposition de celui-ci (le tuteur, le maître d’adoption, par euphémisme administratif), jusqu’à l’âge de vingt ans et sous la condition qu’on leur apprendra un métier. De métier, on ne leur apprend que celui pour lequel on les a achetés (adoptés !) et comme ils sont incapables de trouver à vivre en dehors de la domesticité, ils y restent, ne coûtant à leurs possesseurs qu’une maigre nourriture et un léger vêtement. Il y a mieux. Sur le territoire d’un poste français, j'ai vu un convoi de 200 Diobas, fugitifs, recueillis un à un sur l’insolente réclamation d’un principicule foulah, rassemblés dans la cour 1

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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