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NOS

CRÉOLES

La Révolution ne fut qu’un leurre pour les pauvres noirs. Ils entendirent parler autour d’eux de liberté, d’égalité, et de fraternité. Ils se battirent bravement contre les Anglais, quand nombre de blancs, à l’imitation des émigrés, s’enrôlaient parmi les ennemis de la République. Et ils se voyaient contraints au travail dans les ateliers nationaux, rendus par force à la culture du sol, obligés à la résidence sur leurs anciennes paroisses sous la promesse de salaires illusoires, mais aussi sous la menace plus réelle de durs châtiments. Bientôt même le système impérial fit renaître les pires époques de l’esclavage, et des hommes, qui avaient déchaîné avec le plus de violence les appétits des noirs, éveillé avec le plus d’audace leur haine fanatique contre les riches planteurs, — devenus les plats favoris de l’autorité nouvelle, — acceptèrent la mission d’étouffer dans le sang de leur naïfs auxiliaires d’autrefois, les doctrines prêchées par eux, au profit de leur cynique ambition. Ecœurant exemple de duplicité politique, de négation de la moralité sociale, offert à des masses toutes d’instinct et de sentiment, par des hommes de race intellectuelle et dirigeante 1. Des révoltes éclatèrent. Le farouche émissaire de la Convention, Victor Hugues, héros sinistre, dont l’énergie patriotique fait oublier les vols et les assassinats, mais dont la fin relève la bassesse, après avoir été le grand promoteur du Sans-Culottisme à la Guadeloupe, devint gouverneur impérial à la Guyane. Dans la même île, le lieutenant de vaisseau Lacrosse avait excité les noirs à 1

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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