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NOS CRÉOLES

appelle sa servante : elle la hèle ; elle minaude et fait semblant de se fâcher à propos d’une agacerie, elle s’écrie : « Laguez-moin, » larguez-moi, laissez-moi ; elle se montre de bonne humeur et vous prie de l’aider à agrafer sa robe : « Marezmoin, » amarrez-moi, épinglez ma robe. Peu de mots inventés, mais quelques-uns nés du terroir et fort heureux, avec un je ne sais quoi de vrai français, malgré qu’ils n’existent pas dans notre langue. A la Réunion, on dit cacailler pour babiller, par allusion au gloussement de la poule pondeuse : une femme couraille partout, pour aller cacaillé dans la rie (rue) ; une poule va pondre, car v'là li commence cacaillé (Volsy Focard1). On se contente généralement des expressions connues, mais en les arrangeant à une nouvelle... sauce, en les défigurant ou en transformant leur signification. C’est souvent la conséquence d’une mauvaise compréhension ou d’une mauvaise perception auditive, au début. Plus d’un mot sonnait d’une façon bizarre aux oreilles du nègre, plus d’un aussi, d’emploi rare ou d’apparence trop majestueuse, n’était guère analysé par des colons, plus occupés de guerres et de rudes labeurs, que de finasseries linguistiques. D’autres fois, des mots ont été adoptés, utilisés à tout hasard, uniquement parce qu’ils plaisaient 1

Et. sur le patois créole de la Réunion.

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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