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LE LANGAGE

sage, bébé gateau. Vis-à-vis du nègre, amené par la traite en des pays où il devait oublier jusqu’à son idiome, recommencer la vie , le planteur a usé d’une méthode analogue, et avec un succès d’autant plus assuré, qu’elle rentrait dans le système dit agglutinatif des langues africaines. On sait que, dans les langues agglutinatives, les mots racines peuvent se fondre en un mot composé, sans que la simplicité de l’expression reçoive aucune atteinte, une racine demeurant toujours saillante et conservant seule sa valeur; point de modifications dans les mots pour indiquer les genres, les nombres, les relations des noms entre eux, les temps et les modes de l’action : la juxtaposition des termes, invariables, tient lieu de tout cela. Pourtant le créole a franchi cette étape et a pris quelque chose des langues aryennes, ou à flexion ; mais ce quelque chose, il le doit moins à l’usage qu’à un perfectionnement savant, œuvre des blancs qui l’ont adopté pour eux-mêmes, l’ont poli jusqu’à l’élever à la hauteur d’un idiome littéraire. Le créole des colonies françaises a pour base le français. Mais il renferme un certain nombre d’expressions empruntées à d’autres langues européennes (anglais : gal, fille, en créole martiniquais, est une corruption de gueull, gueurll, girl ; espagnol : yche, fils, dérive de l’espagnol hijo). Il a gardé quelques mots de la langue des autochtones (Caraïbes) aux Antilles, et partout 15

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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