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LES MŒURS PUBLIQUES

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sous lequel ou désigne, plus habilement qu’honnêtement toutefois, cette catégorie si éminemment utile des habitants de la Martinique. Et que lui reproche-t-on? De s’ingérer dans les affaires du pays, de chercher à faire triompher ses idées, ses candidats? Aucunement... (La réaction se tient en dehors de la politique; elle n'est rien et ne veut rien être sur le terrain de celle-ci.) Elle n'a qu'un tort. Tandis que ses adversaires échangent l'injure et l’outrage, rivalisent de violence, se prodiguent la honte 1 et n’enfantent que stérilité et confusion, elle, elle travaille. Elle fonde, elle crée, et son labeur fécond répand autour d'elle le bien-être et l'aisance. C'est là une insupportable supériorité. Cette puissance, que la réaction tient de sa fortune, on pouvait l’acquérir. (Les moyens n’en ont jamais manqué aux nouveaux maîtres. Des habitations ont été vendues, dont ils disposaient à leur gré ; d’autres, en plus grand nombre, restent incultes entre leurs mains ; ils n’ont rien su faire pour la prospérité du pays : mais ils trouvent mauvais que d’autres l’assurent et ils prétendent détruire l’œuvre des 1 Pour se convaincre du bien-fondé de ce reproche, lire les Colonies, journal que l’on prétend dévoué à M. le député Hurard, et la Petite France, qui défendrait les opinions de M. le député Desproges. On y verra ce que les jalousies peuvent engendrer d’aménités entre mulâtres, occupés à tirer chacun vers soi les grosses parts du gâteau politique. Un protégé de Schœlcher, directeur de l’intérieur, M. X... (peu intéressant, je l’avoue, mais non moins que beaucoup de ses critiques), a surtout eu à essuyer un feu roulant d’invectives inouïes ; les épithètes de scélérat, de serpent jaune, etc., lui sont prodiguées par ses frères en couleur. On l’attaque jusque dans son honorabilité familiale, et quand il s’adresse au parquet pour réprimer ses diffamateurs, ceux-ci osent écrire (les Colonies, du 29 janvier 1890) : « Où peut-on trouver la preuve d’un fait, non pas injurieux, mais diffamatoire, dans ces mots : M. X. (le nom est en toutes lettres), qui laisse mourir son père de faim dans l’ancienne écurie du Vauclin ? Où peut-on encore faire cette preuve dans ceux-ci: M. X..., si difficile à payer les dettes honteuses de sa famille ? Y a-t-il là un délit de diffamation nettement caractérisé ? Ne sont-ce pas là de simples assertions injurieuses, sans doute, mais non diffamatoires ?... » Quel sens moral !

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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