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LES MŒURS PUBLIQUES

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Oui, c’est l’entente par l’abolition des préjugés, qui redonnerait l’essor à nos vieilles colonies, et il me plaît de montrer cette idée nettement formulée (et sans arrière-pensée) par un noir intelligent. Parmi ces braves gens, souvent pauvres d’instruction, mais non pas de bon sens, il s’en rencontre plus d’un qui voit clair et parle franc. Ils comprennent que leur émancipation est désormais à l’abri de toute tentative réactionnaire et qu’ils ont moins à redouter des blancs, leurs anciens maîtres, que des mulâtres, ardents à saisir la suprématie. Ils le disent aux élections. Si leurs voix ne l’emportent pas sur les menées de la coterie, au moins ne sont-elles pas étouffées. Un pauvre ouvrier écrivait au rédacteur du Courrier de la Guadeloupe, au mois de septembre 1885, pour appuyer la candidature de Davis David, un noir partisan de l’union de ceux de sa race avec les blancs : « Daignez me placer dans un petit de votre journal. Long-temps mon opinion n'a jamais valié au consort, par ma position malheureuse et ouvrière. L’obligation la plus familière est de me soumettre à toutes les classes particulièrement à celle qui m'a toujours protéger et désire ma vie. Je suis véritablement l’électeur de Davis David... Si l’on me demande la raison, je répondrais que l’homme répond à celui qui a jeté la première pierre, que ma compréhension égale la sienne, sans conter la pratique qui forme mon avenir. Je sais bien que les ouvriers ne savait pas parler français, mais permettez-moi de dire en termes que je connais très-bien.

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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