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NOS CRÉOLES

laineuse, arbore les chapeaux les plus invraisemblables, les robes les plus tapageuses, et elle n’arrive pas à séduire davantage ceux dont elle convoite le plus les regards ; les nègres l’admirent, mais c’est bien des nègres dont elle a souci ! Peut-être aussi ressent-elle profondément le dédain de rivales, qui ne l’estiment pas même digne de leur jalousie. Quoi qu’il en soit, les ressentiments se traduisent quelquefois d’une façon féroce, principalement dans les moments troublés où les haines tournent vite en crimes. J’en pourrais fournir des preuves bien tragiques; je me bornerai à une courte citation de Lacour. Pendant la tourmente révolutionnaire, à la Guadeloupe, « les négresses et les mulâtresses surtout se montraient acharnées contre les femmes blanches. (Au camp du chef noir Palerme, où l’on envoyait les femmes et les enfants arrêtés sur les habitations), la mulâtresse Solitude laissait éclater, dans toutes les occasions, sa haine et sa fureur. Elle avait des lapins. L’un d'eux s’étant échappé, elle s’arme d’une broche, court, le perce, le lève et le présentant aux prisonnières ; Tiens, dit-elle, en mêlant à ses paroles les épithètes les plus injurieuses, voilà comme je vais vous traiter quand il en sera temps ! Et cette malheureuse allait devenir mère. » Cette femme n’abandonna pas les rebelles et elle ne cessa de les exciter aux plus grands forfaits1. 1

Mais nous avons eu, chez nous, des lécheuses de guillotine !

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

Nos créoles  

A. Corre / Ouvrage patrimonial de la Bibliothèque numérique Manioc. Service commun de la documentation, Université des Antilles. Collection...

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